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 cet article est rédigé par un  médecin qui soigne des enfants dans la brousse près de Tsiromandidy
> une autre face de la réalité à Madagascar…image004-copie-1

> Nous sommes à Madagascar depuis trois ans et demi et la parenthèse ouverte 
> dans notre vie prend racine.

> Cet enracinement modifie notre regard et modifie aussi notre relation au 
> monde qui nous entoure et dans lequel nous travaillons.

> Nous sommes arrivés à Madagascar en plein milieu des évènements politiques 
> qui ont vu l’accession au pouvoir du nouveau Président Andry Rajoelina et l’exil 
> de son prédécesseur Marc Ravalomanana en Afrique du Sud.

> Nous ne connaissons donc rien de Madagascar d’avant…

> Madagascar vit depuis 2009 une crise qui s’éternise et qui a des 
> conséquences politiques et sociales.
>
> Sur le plan politique

> Je tire ces éléments d’un document intitulé « l’année de la honte »édité en 
> 2011 par le SeFaFi observatoire de la vie publique et cite l’avant propos.

http://www.lexpress.mu/story/37991-madagascar-sortie-de-crise-le-sefafi-denonce-le-manque-de-volonte-des-partis-politiques.html

> « Trois années d’errements et de parjure n’ont pas suffi pour que Madagascar 
> surmonte la crise de 2009.

> La cause en est connue de tous : les magouilles sans fin de politiciens 
> préoccupés par leurs seules ambitions et leurs seuls intérêts et qui se 
> moquent éperdument de l’avenir du pays et de la souffrance de leurs 
> concitoyens. Car si leur raison d’être est de gérer le pays pour lui assurer 
> la paix et la prospérité, ils n’en ont rien fait tout au long de l’année 
> 2011.

> Le mode opératoire des hommes politique est bien connu.

> S’imposant par la force ou par des élections truquées, ils détournent à leur 
> profit les ressources de l’Etat (impôts des citoyens et des entreprises, 
> droit de douanes et aides extérieures) . Et ils s’octroient des avantages 
> scandaleux alors que le peuple vit dans la pauvreté.

> Ainsi la rémunération d’un membre du parlement de la transition est environ 
> 50 fois supérieur au salaire minimum !... Ce qui ne les empêche pas d’en 
> vouloir toujours plus : appropriation indue de voitures 4X4, appels d’offre 
> truqués ou ignorés, interventions monnayées, trafic de bois de rose, délits 
> d’initiés, chèque sans provision, viols de mineurs, etc »
>
> Dans l’attente d’élections des parlementaires et du Président de la 
> République, Madagascar est géré par des institutions provisoires qui 
> tiennent lieu d’assemblée nationale et de Sénat.

> Désignés et non élus ils ont vocation à expédier les affaires courantes.

> La tradition du consensus et quelque 300 partis politiques déclarés font que 
> ces institutions provisoires sont pléthoriques et que la place étant bonne 
> pour se partager le gâteau, personne n’envisage sérieusement de mettre fin à 
> une situation provisoire si juteuse !
>
> Sur le plan social

> Le chroniqueur VANF du journal l’Express de Madagascar du 29 juin titrait :

> On ne pourra plus sauver tout le monde

> EQPT, pour éducation de qualité pour tous. Qui passe par un faisceau d’indicateurs 
> savamment élaborés, mais qu’il nous suffit de comprendre comme la capacité d’un 
> enfant à s’insérer efficacement dans la trame sociale et d’emprunter 
> favorablement l’ascenseur social de l’égalité des chances dans et par l’éducation. 
> Savoir bien lire, savoir bien écrire, bien appréhender son monde, avoir la 
> confiance de projection dans un autre, suffisamment assuré de soi pour 
> tolérer l’autre et ouvrir à l’Humanité une période, rarement accomplie, de 
> promesses de paix entre les uns et les autres.

> « On ne pourra plus sauver tout le monde ». C’est ce que j’ai compris du 
> compte-rendu de l’étude de la Banque mondiale : « Madagascar : après trois 
> ans de crise, évaluation de la vulnérabilité et des politiques sociales, et 
> perspectives d’avenir » (mai 2012)

http://siteresources.worldbank.org/INTMADAGASCARINFRENCH/Resources/ESW-Protection_sociale_vol1.pdf )

> . D’où l’idée, aussi nécessaire que tragique, de « hiérarchisation des 
> groupes vulnérables ». Mais, comment choisir, et donc sacrifier certains, 
> entre les populations rurales extrêmement pauvres surtout celles du Sud de 
> Madagascar, les miséreux encore frappés de cyclone, les enfants de moins de 
> cinq ans atteints de malnutrition chronique ou les ménages pauvres des 
> milieux urbains dirigés par une femme célibataire ? Pour la première fois, 
> est sans doute exprimé expressément ce que nous subodorions depuis tant d’années 
> : il serait donc déjà trop tard. Et L’État providence en serait quitte à 
> établir sa « liste de Schindler ».

> On parle du chiffre formidable de 400 millions de dollars pour sortir de l’extrême 
> pauvreté les 11,6 millions de Malgaches qui en sont victimes. Générosité 
> ponctuelle. Les solutions structurelles et pérennes sont à organiser en 
> amont. Comme la bonne gouvernance qui reste un vœu pieux depuis 1960.

> En 1960, Madagascar avait commencé par une courbe de PIB par habitant 
> au-dessus de celle du Kenya, de la Tanzanie ou du Sri Lanka. En 50 ans, la 
> courbe malgache n’a cessé de fléchir tandis que celle des autres pays s’est 
> régulièrement stabilisée à notre niveau de départ. Le Sri Lanka, pourtant en 
> proie à une guerre civile entre Cinghalais et la minorité tamoule, est 
> désormais dix fois plus riche que Madagascar. Le taux de pauvreté relègue 
> Madagascar au titre peu glorieux de pays le plus pauvre du monde en 
> compagnie de Haïti, le pays des Tonton Macoutes et récemment encore victime 
> d’un terrible tremblement de terre. Les statistiques ne sont certes que des 
> statistiques, mais elles nous donnent un ordre d’idée. Et se voient 
> confirmées par une réalité, terrible et honteuse.

> Les enfants apportent un témoignage poignant. Petites victimes d’une 
> population dont plus de la moitié ne dispose pas de latrines, dont plus de 
> la moitié n’a pas accès à l’eau potable, dont plus de la moitié est 
> sous-alimentée, dont 37% n’ont jamais été scolarisés. Le bon taux de 
> scolarisation dans le primaire (73%) est à tempérer par un taux élevé d’abandon 
> scolaire. Une minorité d’enfants passe au secondaire (22,7%), encore moins 
> parviennent au niveau du lycée (6,3%). Combien sont-ils ceux qui, comme à 
> Sahaevo, ont fait deux heures de route aller, et deux autres heures au 
> retour, entre le village et la maison, été envoyés à l’école pour pouvoir 
> manger à la cantine scolaire l’unique repas de la journée, survécu au 
> travail des enfants, et décroché le baccalauréat pour nourrir quelque espoir 
> de mobilité sociale ?

> Le drame individuel de chaque enfant se traduira par une tragédie nationale. 
> Un pays qui néglige totalement ses écoles publiques largement discréditées 
> au profit des écoles privées. Un pays dont cette éducation délaissée ne 
> permet pas la constitution d’une masse critique de citoyens. Un pays, dont l’ascenseur 
> social est en panne, qui verra se creuser dangereusement le fossé que n’occupe 
> plus nulle classe moyenne, et qui assistera un jour à la crise de toutes les 
> crises, une révolution des classes, un 26 janvier 2009 puissance mille.

> En ce qui concerne la santé (tiré du rapport de la BM) :

> Fièvre, malaria, maladies diarrhéiques et infections respiratoires sont les 
> maladies les plus courantes, en particulier chez les jeunes enfants. Cette 
> observation est particulièrement inquiétante, sachant que les maladies 
> contractées au cours de la petite enfance marquent profondément les 
> individus et constituent la plus grande menace pour les enfants, au vu des 
> conséquences permanentes sur leur développement cognitif, ainsi que sur leur 
> bien-être et leur productivité futurs en tant qu’adultes

> De plus, la morbidité a nettement augmenté, passant de 7,2 pour cent en 2005 
> à 12,4 pour cent en 2010, probablement en conséquence de la crise qui dure 
> depuis plus de trois ans.

> En cas de maladie, seul un tiers des individus interrogés ont consulté un 
> professionnel de santé en 2010, contre 40 pour cent en 2005.

> Parmi ceux qui estimaient que leur état était suffisamment grave pour avoir 
> recours aux services de santé, la moitié environ n’a pas consulté de 
> professionnel de santé à cause de contraintes financières, tandis qu’un 
> autre quart a évoqué le problème de l’éloignement des services de santé. 
> Cependant, des problèmes du côté de l’offre sont également en cause : 40 % 
> des femmes avouent craindre que le professionnel de santé ne soit pas 
> disponible, tout comme les médicaments nécessaires (DHS 2008/9). Environ un 
> tiers de ceux qui n’ont pas consulté ont essayé l’automédication et ont 
> dépensé en moyenne 3000 Ar en médicaments.

> La moitié de ceux qui ont consulté se sont rendus à un Centre de Santé de 
> Base (CSB) tandis qu’un cinquième est allé dans un cabinet privé, avec de 
> grandes disparités selon les quintiles de revenu : deux tiers se sont rendus 
> dans un CSB dans le quintile le plus bas tandis que 10 pour cent seulement 
> ont vu un docteur dans le privé. En 2010, ceux qui ont consulté ont dépensé 
> en moyenne 17 800 Ar en médicaments (contre 6193 Ar en 2005).

> En guise de conclusion de ce très rapide tableau de la situation

> Les dépenses publiques de protection sociale sont passées de 145 Millions 
> USD en 2008 à 59,8 en 2010 soit de 13,4 à 2,9 % des dépenses totales.

> Dépenses Publiques de Protection Sociale 2008 2009 2010

> (% des dépenses totales)

> Sécurité sociale des fonctionnaires 44,3 65,4 86,0

> Santé et nutrition 5,6 11,0 1,1

> Education 31,8 11,6 4,0

> Travaux publics 7,9 2,6 5,8

> Catastrophes naturelles 8,4 5,5 2,8

> Groupes vulnérables 2,0 3,8 0,3



> Source : Ralaivelo (2011a).

> La composition des dépenses du gouvernement en matière de protection sociale 
> a également radicalement changé depuis le début de la crise.

> Au cours des trois dernières années, le gouvernement s’est efforcé de payer 
> la sécurité sociale des fonctionnaires tout en réduisant dramatiquement 
> toutes les autres dépenses de protection sociale, ce qui a soulevé des 
> préoccupations importantes en termesd’équité.
>
> La part des dépenses de protection sociale allouées à la sécurité sociale 
> des fonctionnaires est passée de 44 pour cent en 2007 à 86 pour cent en 2010 
> (Tableau 3.1). Par conséquent, en dehors des paiements destinés à couvrir 
> les retraites des fonctionnaires, le gouvernement a dépensé seulement 7,8 
> millions $US en protection sociale en 2010 (soit l’équivalent de 0,4 $US par 
> personne).

> Voilà, excusez si c’est indigeste mais je crois que c’est essentiel pour 
> comprendre où nous sommes et pourquoi nous y sommes.

> Ceux qui veulent aller plus loin, peuvent consulter en ligne le document de 
> la Banque Mondiale.

> PS : en fichier joint une photo quand même, qui dit aussi ce que nous vivons 
> tous les jours; ce paradoxe entre la misère et la joie de vivre qui est plus 
> forte que tout...
>
> Il a 9 ans, il travaille comme nounou pendant ses vacances et s'occupe d'un 
> bébé de 9 moisDSC00173.JPG
>
Tag(s) : #vues d'ailleurs

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